L’ancien Premier ministre sous Abdou Diouf animait, samedi, une conférence sur le thème : «Les Constitutions africaines à l’épreuve du développement et de la démocratie : l’exemple du Sénégal.»


Rédigé le Mardi 11 Août 2015 à 12:16 | Lu 90 fois | 0 commentaire(s)



La rencontre a été co-organisée par le Groupe de réflexion, d’analyse et de prospective sur les processus politiques, économiques et sociaux (Grappe) et le Cercle d’études et de réflexions stratégiques pour un Sénégal émergent (Cersssem). Mamadou Lamine Loum a fait le tour des secteurs dans son diagnostic, mais ce n’est pas fameux.

«Le modèle culturel dominant ne converge pas avec les vertus de la citoyenneté, le civisme et le respect du bien commun. Cela se fait au profit de l’indiscipline avec une instrumentalisation et de l’Etat et de la religion. Le pays souffre d’un manque criant d’effectivité et d’une persistance de quelque disposition liberticide. La souveraineté du peuple n’est pas respectée. Nous avons une Constitution peu ou pas connue du peuple. Elle a perdu sa sacralité par les manipulations circonstancielles trop souvent répétées. Le peuple ne participe pas. Il n’y a ni participation du peuple ni réédition de comptes de la part des dirigeants. Nous avons souvent une responsabilité introuvable. Le principe que tous ceux qui ont le pouvoir ont une responsabilité n’est pas respecté dans notre Constitution. Les pouvoirs publics ne sont ni séparés ni équilibrés. Le Parlement n’exerce pas tous ses pouvoirs de vote de la loi, de contrôle de l’action du gouvernement, d’évaluation des politiques publiques. La justice est dominée. Elle est moins pourvue en ressources humaines et matérielles. Ses décisions ne sont pas toujours prédictibles par des usagers. Il y a des abus de détentions préventives. Le Conseil constitutionnel se déclare souvent incompétent parce qu’il ne reconnaît pas le principe de constitutionnalisme qui veut qu’il a tous les instruments pour justifier chaque décision. Les collectivités locales sont caractérisées par des ressources précaires, une immixtion intempestive de la tutelle qui n’est pas normée, nonobstant le principe de la libre administration des collectivités locales. Le patrimoine foncier n’est pas toujours présent.»

ADMINISTRATION «L’Administration, chez nous, est désorganisée»

«L’Administration, chez nous, est désorganisée. On n’est plus devant un système comme cela existait, mais des approches qui se télescopent et s’additionnent. Il n’y a plus de système, ni de grille de lisibilité de règles générales et impersonnelles qui s’attachent à la seule partie de l’Etat qui assure la stabilité. Pendant toutes les années où nous avons vécu des régimes et des mandats qui n’étaient pas limités, on pouvait avoir des équipes qui restent la même durée de temps que le fonctionnaire et l’Administration. Mais aujourd’hui, avec le bail à durée déterminée signé avec les autorités, l’Administration reste le bras séculier de l’Etat, plus qu’il ne l’a été dans le passé. Si l’Administration n’est pas régulée, normée, c’est la porte ouverte à toutes les déviances demain, avec des changements d’équipes au pouvoir. La corruption y est présente. Il n’y a pas encore de solution crédible pour au moins prévenir de plus en plus la corruption. Les partis politiques sont caractérisés par deux mots : foisonnement et fractionnement. Il n’y a plus de militantisme classique. Il y a plus de clientélisme et de vagabondage de changement entre les partis et les coalitions. La société civile est caractérisée par la mauvaise gouvernance associative. La bonne gouvernance ne concerne pas seulement l’Etat. Les Ong au Sénégal n’ont pas intérêt d’agir en ce qui concerne les biens communs et les deniers publics. Et quand bien même une association est diligente, elle risque d’être déclarée inapte. La presse est caractérisée par un déficit de professionnalisation avec une déontologie qui connaît beaucoup de lézardes. L’entreprise de presse est caractérisée par une précarité, une exposition au pouvoir d’argent. Elle échappe de plus en plus, aujourd’hui, au pouvoir de l’Etat, mais sa menace, c’est que le cordon sanitaire n’a pas été mis autour du pouvoir d’argent.»

ECONOMIE ET FINANCES PUBLIQUES «Nous avons pris de mauvaises habitudes»

«Les crédits sont mal alloués aux secteurs et zones géographiques. Les secteurs prioritaires, même déclarés, ne se retrouvent pas toujours avec les sommes déclarées, comme par exemple le secteur de l’Education. Les contrôles sont inopérants. Il y a des dérapages récurrents, notamment avec les fonds d’avance qui reviennent, et qui n’existaient pas alors. Je suis surpris toujours de voir comment quelque chose qui n’existait pas avant se passe. Jamais je n’ai vu l’utilisation des fonds d’avance qui reste non justifiée. Nous avons pris de mauvaises habitudes, et il faut en sortir. Les contrôles sont inopérants parce qu’ils ne sont pas systémiques. Les organes de contrôles ne se communiquent ni leurs programmes, ni leurs méthodes ni les normes de vérification. Il faut aller vers un système de norme qui parte de la Cour des comptes jusqu’aux autres organes de contrôle. Les fonds spéciaux sont une source de désordre financier. L’extraversion et la vulnérabilité sont les maîtres mots de l’Economie. Il y a une crise énergétique permanente, un déséquilibre territorial manifeste. Et si l’agriculture est peu compétitive, la pêche surexploitée, le chômage est endémique, le patriotisme économique est en berne. La vision pour la prospective et la planification n’est pas encore réhabilitée. Notre pays n’a pas encore de plan et de vision prospective qui soit efficace.»

SOCIAL ET SECURITE : «Nous ne franchissons pas de nouveaux capes»

«Le dialogue social est dans l’impasse. L’éducation est dans une crise plus profonde que nous ne le pensons, et qui va affecter pendant longtemps encore l’éducation de nos enfants. Elle ne s’est pas adaptée aux mutations présentes. Les inégalités sont poignantes devant la maladie concernant la santé. Le constat est que la sécurité des institutions prime sur celle des citoyens. Ce qui devrait être l’inverse. La souveraineté intérieure est très importante mais la première mission des forces de sécurité c’est de veiller à la sécurité des personnes et des biens. La sécurité extérieure n’a pas été mise à jour devant les nouvelles menaces sous-régionales et internationales avec le jihadisme… La carte diplomatique est irrationnelle. Le déficit de valorisation des apports des Sénégalais de l’extérieur est manifeste. Il y a une intégration régionale stationnaire, nous restons au même niveau. Nous ne franchissons pas de nouveaux caps. En ce qui concerne le développement, je ne parlerai pas de décollage ni d’émergence. En 2015, nous ne sommes pas sortis de la transition démographique. On compare toujours le Sénégal à Singapour…mais on oublie que ces pays étaient placés à un niveau capital humain que nous n’avons pas atteint en 2015. On oublie trop souvent le facteur démographique dans tout ce que nous faisons. Nous avons des infrastructures surfacturées.»





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Mercredi 12 Avril 2017 - 19:55 Coordination de France (Communiqué N°2017001)






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