Interview de Mamadou FAYE


Rédigé le Lundi 20 Mars 2017 à 19:38 | Lu 344 fois | 0 commentaire(s)


Interview de Mamadou FAYE, Secrétaire national chargé de la Cellule économique et financière du Bureau Politique, Directeur de la SOGENAV, ancien Ministre


Vous êtes le plus ancien dans la fonction de membre du Bureau politique du Parti socialiste. Comment vivez-vous l’affaire Khalifa SALL ?
 
Du point de vue personnel, j’en suis fort désolé et cela me touche assurément, parce que c’est un camarade socialiste qui est dans les liens de la prévention. Par ailleurs, dans ce genre de situation, il convient, au mieux, d’adopter une double posture de sérénité et de responsabilité. La gestion a, bien entendu, ses exigences, singulièrement, le compte rendu à ses mandants de ses actions, et plus, la nécessaire reddition des comptes. A ce stade, laissons le dossier aux juges et formons le vœu qu’il apporte les preuves de son innocence. C’est tout le souhait que nous lui exprimons. Je ne crois pas, au demeurant, à l’amalgame consistant à justifier les fautes de gestion par des raisons et des postures politiques. L’homme politique, parce qu’il aspire à diriger tout ou partie de la collectivité, doit toujours agir dans la vertu et l’éthique et rester un modèle du genre. Il doit refléter l’aperçu qu’on a de la politique et de la société. Au-delà même de la politique, tout dirigeant doit s’inscrire dans cette dynamique. En tant que responsable, quand on est appelé à rendre compte, quand on est accusé de détournement, la seule obligation qui sied, c’est de montrer que ce dont on est accusé n’est pas exact et d’en apporter les preuves. Il faut dissocier les choses. Ceci aussi pose, dans une société démocratique, une problématique de comportement approprié pour installer la rigueur et l’efficacité dans la gestion de nos collectivités.
Justement, on ne sent pas le Parti socialiste derrière Khalifa Sall. Cela ne risque-t-il pas d’accentuer la cassure entre lui et le secrétaire général Ousmane Tanor Dieng ?
 
Le Parti Socialiste est dans une posture républicaine par rapport au fait de justice qui fonde cette affaire. Une attitude politique appropriée s’impose, le cas échéant, eu égard à l’évolution des choses, si le Parti le juge nécessaire, après, comme à l’accoutumée, une analyse de fond par ses instances. Il ne sied pas, à cet égard,  de parler de «assure». Notre Secrétaire Général Ousmane Tanor DIENG, que vous citez, est réellement un homme qui a une haute et bien précise idée de sa mission en toute circonstance. La Direction du Parti, dans cet esprit, ne mène pas la guerre à ce groupe de camarades. Au contraire, elle analyse et situe les responsabilités en se basant sur nos règles statutaires et nos textes, et à la nécessaire posture de discipline qui est, depuis Senghor, la marque de fabrique des socialistes que nous sommes. Nous échangeons, nous débattons, toujours profondément, souvent durement durement. Et nous assumons tous nos synthèses à l’issue de ce processus de décision. Quand on s’en écarte, on crée le problème et le déséquilibre dans le fonctionnement des instances.
C’est là le problème tel qu’il se pose. Nous travaillons tous, dans nos instances et structures, à assurer l’unité et la cohésion  dans nos équipes, en plus de cette pratique, de plus en  plus renforcée, de démocratie interne  dans le choix de nos options de base et de nos responsables à tous les niveaux. Le Ps, dans cette posture, fait mieux que la plupart des partis présents dans l’espace politique sénégalais. C’est une forte aspiration au débat, à la démocratie interne et à la discipline qu’il nous faut sauvegarder à tout prix.
Donc, il n’y a pas cassure. Ce qu’il y a, des camarades ont exprimé des positions différentes de celles définies par le parti. Cette attitude est regrettable et a perduré jusqu’aux évènements du 5 mars, avec les tentatives d’interruption de cette réunion du Bureau politique. Tout le monde a vu ce qui s’est passé. Mais, nous espérons que ces camarades rejoindront les rangs.
 
Etes-vous en train de vous employer pour rabibocher les liens pour que les deux parties se retrouvent, afin que le Ps redevienne le grand parti qu’il a toujours été ?
 
Notre parti a prévu, dans son organisation, une commission d’examen des conflits et des dissensions internes, qui a été relookée au dernier congrès. C’est le camarade Cheikh Abdoul Khadre CISSOKHO qui la préside. Par ailleurs, le Conseil consultatif des sages du parti ne manquera pas l’occasion de jouer encore sa partition.   Au plan individuel, beaucoup de membres du bureau politique prodiguent la bonne parole pour fédérer la famille socialiste, même en direction d’autres anciens camarades qui nous ont quittés dans notre cheminement historique. Il faut souhaiter qu’après ces soubresauts judiciaires, et le retour à la sérénité, les contradictions en cours seront levées et le Parti continuera son cours historique dans l’unité, la cohésion et la discipline. Depuis que le Ps existe, nous avons toujours essayé de fédérer les positions. Le Ps a toujours été un parti de débats. On discute, on s’étripe, mais on finit toujours par se retrouver derrière la conclusion retenue par le parti. C’est cela la discipline du parti qui a de tout temps prévalu. A chaque fois que l’occasion s’est présentée, nous avons discuté à maintes reprises avec ces camarades qui animent la dissidence pour les ramener à observer la discipline du parti, à exprimer avec fermeté, s’ils le veulent, leurs positions, mais à l’intérieur des instances du parti, plutôt que de le faire dans les journaux. Il nous est arrivé d’assister, à plusieurs reprises, à des réunions où les choses se déroulent normalement et de voir, le lendemain, des gens dire dans la presse des choses qui ne se sont pas passées en réunion. Ces camarades avaient décidé de déplacer le combat dans la presse. J’espère que quand tout cela se dissipera, les gens pourront se retrouver pour la réunification de la famille socialiste.
 
Vous n’êtes donc pas d’accord avec ceux qui disent que si les gens de Taxawou Ndakarou présentent une liste, ils se seraient auto-exclus du parti ?
Il est difficile, voire impossible de cautionner, à l’occasion des élections législatives, deux listes du Parti Socialiste. Nos règles n’autorisent pas à des camarades du Parti d’avoir une liste concurrente de celle du Parti à l’occasion d’une élection nationale. Ce n’est pas bien. ce n’est pas possible. Ce n’est pas concevable. Ce n’est pas conforme à une pratique de sauvegarde des intérêts du Parti. Qui le fait s’exclue, de fait, du Parti  et ce serait dommage pour nous tous.
Maintenant, il va de soi que le parti a des règles d’investiture et de choix de ses dirigeants. En général, c’est la base qui choisit selon les règles et des procédures définies par le parti. Quand il s’agit d’élections strictement locales, il peut être constaté des listes parallèles. Mais, comme les Législatives sont des élections nationales, il ne peut pas y avoir deux listes du Ps. On ne peut pas tolérer qu’il y ait une liste différente de celle du parti.
 
Vous faites partie de ceux qui ont réformé le secteur de l’eau au Sénégal. Maintenant, vous êtes établi en Mauritanie. Que faites-vous là-bas ?
 
Oui, je suis à Nouakchott, investi de la confiance de Monsieur le Président de la République Macky SALL pour conduire le projet prioritaire de l’OMVS que constitue la navigation sur le fleuve Sénégal, projet structurant s’il en est. Ce projet va reconfigurer largement le cadre économique des Etats partenaires que sont le Mali, la Guinée, la Mauritanie et le Sénégal. Sur un long chenal navigable de 905 Kilomètres, seront édifiées des plateformes portuaires modernes, de Saint-Louis du Sénégal à Ambidédi  au Mali, en passant par les villes majeures situées en rives droite et gauche. La pêche, la plaisance, le commerce général,  le transport de personnes, les produits minéraliers que sont le phosphate, le fer, les produits pétroliers passeront par ce chenal navigable pour aller d’un pays à un autre, d’une région à une autre et au-delà, vers le monde développé. C’est cela le challenge de ce projet structurant qu’est la navigation sur le fleuve Sénégal, que les populations riveraines attendent vivement aujourd’hui.
 
Peut-on savoir le coût de ce projet ?
 
Le cout provisoire issu des études d’Avant-projet Sommaire (APS) est, pour la phase stricte du chenal, de 200 millions de Dollars (Us). Nul doute que ce montant sera largement dépassé, doublé voire triplé à l’issue des études d’avant projet détaillés (APD) et des dossiers d’Appels d’offres (DAO).
 
Mais d’ici combien de temps…
 
Les dernières études se terminent le 31 Juillet de cette année. Le financement est trouvé et est dans la phase de préparation avec les pays et les partenaires financiers. L’objectif de lancement des travaux est prévu dans le courant de l’année 2018. Il s’agit, dans cette perspective, de booster l’économie régionale et de répondre aux attentes des populations des Etats et du secteur privé.
 
Est-ce que le financement a été assuré en intégralité par les pays membres ou c’est un financement extérieur ?
Aujourd’hui, à ce stade, il y a un partenaire qui s’est intéressé à ce projet pour l’aspect réalisation avec une banque qui vient aussi renforcer les financements. Les études ont été entièrement réalisées par la Banque mondiale. Pour la réalisation, nous nous acheminons vers le montage d’un crédit acheteur avec une société de génie civil de niveau mondial qui va réaliser le port, les appointements, faire le dragage et puis livrer cette route fluviale attendue par l’ensemble des pays. Les bailleurs de fond traditionnels qui ont l’habitude de nous accompagner sont prêts à venir pour faire la route, mais aussi pour faire le transport de minerai avec les phosphates de Matam et de la Mauritanie, les mines de fer de la Mauritanie et du Mali. Toutes ces ressources devraient passer par le fleuve parce que le coup du transport sur le fleuve est plus compétitif que celui des voies routières.
 
Avez-vous les ressources humaines qualifiées pour gérer tout ça ?
Oui, dans les Etats, nous avons de bonnes ressources humaines susceptibles de gérer ce grand projet structurant, dans les administrations des pays, dans les ports de Dakar, de Nouakchott et Conakry. D’importants programmes  de formations de ce type de projet sont en action et en perspective dans les Etats et dans la diaspora. C’est un projet qui sera très utilisateur de main-d’œuvre et induira des milliers d’emplois dans les différents espaces, escales et appointements portuaires, dans les chantiers navals de Rosso. Le taux de rentabilité interne du projet est déjà très bon, plus de 9%, sans la prise en compte des opérations récurrentes de dragage, de réparation navale et de surveillance satellitaire du projet. L’OMVS, est, dans ce cadre, un modèle presque parfait d’organisme de gestion de bassins partagés. Ses réalisations sont à la mesure des ambitions que les chefs d’Etats lui ont assignés.  Le Président Macky SALL y joue un rôle pionnier à saluer.
 
 




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